Maître artisan japonais dans son atelier traditionnel baigné de lumière dorée
Publié le 15 mars 2024

L’accès aux véritables maîtres artisans japonais ne s’achète pas comme un billet de musée ; il se mérite par la compréhension et le respect de codes culturels profonds.

  • Un traducteur spécialisé n’est pas une simple commodité, mais un « passeur de culture » indispensable pour décrypter la philosophie du geste et bâtir une relation.
  • Le comportement dans l’atelier, perçu comme un espace sacré, est plus important que les questions que vous posez ; il conditionne la qualité de l’échange.

Recommandation : Avant même de chercher un contact, définissez votre intention : souhaitez-vous observer un art complexe comme la forge d’un sabre, ou participer activement à un art plus accessible comme le tressage du kumihimo ? Ce choix déterminera toute votre approche.

Le frisson qui parcourt l’échine en observant un maître forgeron marteler l’acier incandescent d’un futur katana. La concentration absolue d’une artiste appliquant d’infimes feuilles d’or sur une laque précieuse. Pour le passionné d’artisanat d’art, ces images évoquent plus qu’un simple voyage au Japon ; elles incarnent le rêve d’une rencontre, d’un accès privilégié à un savoir-faire séculaire, parfois classé Trésor National Vivant. Face à ce désir d’authenticité, le réflexe moderne est de chercher sur internet une liste d’ateliers à visiter, une expérience à réserver en quelques clics.

Pourtant, cette approche, si pratique soit-elle, mène souvent à une impasse ou, pire, à une déception. Elle conduit à des démonstrations pour touristes, des ateliers simplifiés où l’on touche à la matière sans effleurer l’âme de l’art. On apprend un geste, mais on ne comprend pas sa portée. La cible de ces expériences n’est pas le passionné prêt à payer pour apprendre d’un maître, mais le visiteur de passage cherchant une activité ludique. La frustration est alors immense : on a vu, mais on n’a pas compris. On a été présent, mais on n’a pas réellement rencontré.

Mais si la véritable clé n’était pas de trouver le bon lieu, mais d’adopter la bonne posture ? Si l’accès à ces sanctuaires de la création ne dépendait pas d’une réservation, mais d’un rite de passage culturel ? Cet article se propose d’être ce sésame. En tant qu’intermédiaire entre ces maîtres et les connaisseurs étrangers, mon rôle n’est pas de fournir une carte, mais une boussole comportementale. Nous n’allons pas lister des adresses, mais décoder les règles implicites qui régissent ces rencontres.

Ce guide est conçu pour vous transformer de simple visiteur en invité respecté, digne d’entrer non seulement dans un atelier, mais aussi dans une parcelle de l’esprit du maître. Nous verrons pourquoi un simple traducteur ne suffit pas, comment se comporter dans un espace de travail sacré, quel type d’expérience choisir, et comment poser les bonnes questions pour bâtir une relation de confiance, seule voie vers une immersion authentique.

Pour vous guider dans cette démarche délicate et passionnante, cet article est structuré pour vous faire passer de la préparation mentale à l’interaction respectueuse. Chaque section lève le voile sur un aspect crucial de cette quête d’authenticité.

Pourquoi un traducteur spécialisé est indispensable pour comprendre la nuance du geste ?

Dans la quête d’une rencontre avec un maître artisan, la barrière de la langue semble être le premier obstacle, le plus évident. On pourrait croire qu’un simple interprète ou une application de traduction suffirait à établir le contact. C’est une erreur fondamentale qui vous condamne à rester à la surface de l’expérience. Le travail d’un maître japonais est imprégné de concepts philosophiques, de traditions shintoïstes et de nuances techniques qui n’ont pas d’équivalent direct en français. Traduire les mots ne suffit pas ; il faut traduire un monde.

Un traducteur généraliste pourra vous dire que le maître utilise un kanna (rabot), mais seul un spécialiste vous expliquera que le réglage millimétrique de sa lame est un dialogue avec le bois, une recherche de l’instant parfait où l’outil devient le prolongement de la main et de l’esprit. C’est là que réside la différence entre un guide et un « passeur de culture ». Ce dernier ne se contente pas de traduire des phrases, il décode le non-dit, la signification d’un silence, l’importance d’un rituel préparatoire. Il a bâti une relation de confiance avec l’artisan, ce qui vous ouvre des portes autrement fermées. Ce service a un coût, mais c’est un investissement dans la profondeur de votre compréhension. Selon l’Office National du Tourisme Japonais, le coût moyen d’un guide peut varier de 30 000 à 40 000 yens par jour, un tarif qui reflète une expertise bien au-delà du simple bilinguisme.

Ce rôle de médiateur culturel est parfaitement résumé par Julie Baud, guide spécialiste de l’artisanat japonais :

Plus qu’une simple guide, je suis une conteuse d’histoires. Je mêle expertise artisanale, interprétation culturelle et narration. Mon rôle : créer un espace d’échange où l’artisan et vous pouvez vraiment communiquer — même sans partager la langue.

– Julie Baud, Guide spécialiste de l’artisanat japonais

Le passeur de culture est celui qui transforme une visite en conversation. Il ne vous donne pas seulement accès à un lieu, mais aux clés de lecture de ce que vous y voyez. Sans lui, vous risquez de passer à côté de 90% de la signification de l’expérience, en vous contentant d’admirer la beauté formelle d’un geste sans en saisir l’intention profonde.

Comment se comporter dans un espace de travail sacré pour ne pas être expulsé ?

Pénétrer dans l’atelier d’un maître artisan japonais, c’est entrer dans bien plus qu’un simple lieu de travail. C’est un espace où la matière, les outils et l’esprit ne font qu’un. Cet endroit est souvent considéré comme un espace sacré, un dōjō où l’art est une voie () et la pratique, une forme de méditation. Le moindre faux pas, la moindre attitude de consommateur ou de touriste pressé, peut être perçu comme une profanation et mettre fin à la visite instantanément.

Le silence est la première marque de respect. N’entrez pas en parlant fort ou en vous agitant. Observez. Imprégnez-vous de l’atmosphère. Repérez le kamidana, ce petit autel shintoïste souvent présent dans un coin, qui témoigne du lien spirituel de l’artisan avec son art et les divinités qui le protègent. Comprendre cette dimension sacrée est essentiel. Ne touchez à rien. Chaque outil est à sa place, une place pensée et respectée. Déplacer un ciseau ou une poterie, même par curiosité, c’est rompre une harmonie bâtie sur des décennies de pratique. La photographie est également un sujet sensible. Demandez toujours l’autorisation, non pas au groupe, mais à votre passeur de culture, qui saura trouver le bon moment pour poser la question sans déranger le maître dans sa concentration.

L’image ci-dessous illustre parfaitement l’organisation et l’atmosphère contemplative qui règnent dans un tel lieu. C’est un environnement où chaque objet a sa raison d’être et participe à l’équilibre global.

Vue environnementale d'un atelier d'artisan japonais montrant l'organisation sacrée de l'espace

Même les protocoles qui semblent évidents demandent une attention particulière. Par exemple, même si vous avez l’autorisation de participer, ne considérez jamais que le matériel est à votre libre disposition. Les consignes comme « porter des vêtements qui peuvent se salir » ne sont pas une invitation à l’insouciance, mais un rappel que vous entrez dans un lieu de labeur où le respect du travail prime. Le geste le plus important est souvent celui que l’on ne fait pas : ne pas interrompre, ne pas exiger, ne pas se comporter en client mais en disciple éphémère.

Observer ou faire : quelle expérience choisir selon la complexité de l’art (Sabre vs Calligraphie) ?

Une fois la porte de l’atelier franchie, une question se pose : quelle sera la nature de votre immersion ? Serez-vous un observateur silencieux ou un participant actif ? La réponse dépend entièrement de la nature et de la complexité de l’artisanat. Vouloir « essayer » la forge d’un sabre est aussi irréaliste que de demander à jouer quelques notes sur le Stradivarius d’un violoniste. C’est une méconnaissance de l’engagement total que requiert l’art.

Pour des disciplines d’une complexité extrême et dangereuses comme la forge de sabre (katana kaji) ou la création de miroirs sacrés (makyō), où des décennies sont nécessaires pour maîtriser les bases, la seule posture acceptable est l’observation humble et attentive. L’immersion est alors intellectuelle et spirituelle. Il s’agit de comprendre le processus, la philosophie, les enjeux de chaque étape. Poser des questions pertinentes (au bon moment) est déjà une forme de participation. En revanche, pour des arts plus accessibles comme la fabrication de baguettes ou certaines formes de tressage (kumihimo), une participation guidée est non seulement possible mais encouragée. Elle permet de sentir la matière et de comprendre, par le corps, la logique du geste.

Le tableau suivant, basé sur des données d’ateliers ouverts au public, donne une idée de la participation recommandée selon l’art. Il faut cependant garder à l’esprit que pour un maître de très haut niveau, même un art « accessible » peut n’être proposé qu’en observation.

Arts traditionnels : Niveau de participation recommandé
Art traditionnel Difficulté Participation recommandée Durée d’apprentissage maître
Forge de sabre Extrême Observation uniquement Plusieurs mois pour un sabre
Kumihimo (tressage) Modérée Participation guidée possible Art datant du VIe-VIIe siècle
Fabrication de baguettes Accessible Atelier pratique complet 48 ans d’expérience pour le maître
Wakyo (miroirs sacrés) Très élevée Observation et explication 30 ans pour devenir maître

Choisir la bonne posture est une marque de respect. Cela montre que vous avez conscience de la valeur et de la difficulté du savoir-faire. Comme le souligne un témoignage sur une expérience artisanale, l’essentiel est ailleurs :

C’est une occasion simple de rencontrer des maîtres ou des ouvriers avec un savoir-faire impressionnant, et de fabriquer soi-même un petit objet en suivant leurs conseils et leur technique. Au lieu de courir partout entre deux visites, on prend aussi le temps de s’asseoir, de se concentrer, d’échanger.

– Visiteur d’atelier, Japan Kudasai

L’objectif n’est pas de « faire » à tout prix, mais de « comprendre ». Parfois, la compréhension la plus profonde naît d’une observation intense et d’un échange privilégié, bien plus que d’une tentative maladroite de reproduire un geste millénaire.

L’erreur de demander à acheter une œuvre en cours de création réservée depuis 2 ans

Dans un atelier, l’enthousiasme peut rapidement mener à une erreur fatale de jugement : voir une œuvre magnifique et demander à l’acheter sur-le-champ. Cette impulsion, naturelle dans une boutique, est souvent une grave offense dans l’espace de création d’un maître. Elle révèle une incompréhension totale du temps long de l’artisanat et de la relation qui lie l’artisan à ses clients.

De nombreuses pièces que vous verrez en cours de réalisation sont des commandes passées des mois, voire des années, à l’avance. Un client a attendu patiemment, établissant une relation de confiance avec le maître pour obtenir une œuvre unique. Vouloir « court-circuiter » ce processus est non seulement un manque de respect envers le client, mais aussi envers l’artisan, pour qui l’engagement et la parole donnée sont sacrés. C’est sous-entendre que son travail est une marchandise interchangeable et que l’argent peut tout acheter, ce qui est l’antithèse de la philosophie du monozukuri (l’art de faire les choses).

Il existe bien sûr des exceptions, notamment dans des structures conçues pour la vente directe. L’exemple du Musée des arts traditionnels de Sakai est éclairant. Ici, le système est organisé pour permettre l’achat :

Étude de Cas : Le système de vente directe au Musée des arts traditionnels de Sakai

Dans ce musée, il est possible d’acheter sur place un couteau japonais réalisé par un artisan local. L’institution se porte garante de la qualité en y apposant son label « Certified Traditional Seal ». La vente se fait directement, à un tarif fixé par l’artisan, ce qui peut représenter une économie de 20 à 30% moins cher que chez un revendeur. Le personnel, souvent composé d’artisans, est là pour conseiller et partager son savoir. Ce modèle fonctionne car il est encadré et transparent, loin de l’intimité d’un atelier privé où la vente est une affaire de relation personnelle.

La règle d’or est donc de ne jamais initier une discussion commerciale. Si des œuvres sont disponibles à la vente, elles seront clairement présentées dans un espace dédié. Si le sujet vous intéresse, la bonne approche est de poser la question à votre passeur de culture, en privé. Il saura s’il est approprié d’aborder le sujet, comment le faire, ou si le maître accepte de prendre de nouvelles commandes et sous quel délai. Forcer la main est le meilleur moyen de fermer définitivement une porte qui venait à peine de s’entrouvrir.

Dans quel ordre poser vos questions pour bâtir une relation de confiance avec le maître ?

L’échange verbal avec un maître artisan est un art en soi. Chaque question peut être une porte qui s’ouvre ou une porte qui se ferme. L’erreur la plus commune est de poser des questions trop directes, trop personnelles ou trop philosophiques d’emblée. Une relation de confiance se construit par étapes, en suivant une progression logique qui montre votre respect et la sincérité de votre intérêt. Il ne s’agit pas d’une interview, mais d’une conversation qui doit naître naturellement.

Le point de départ est toujours l’observation silencieuse. Laissez le maître travailler, laissez vos yeux s’imprégner de ses gestes. Ce n’est qu’après ce temps de respect que la parole peut prendre sa place. Le bon ordre pour vos questions suit une progression du concret vers l’abstrait, du technique vers le spirituel. Commencer par des questions sur les outils ou les matériaux est une excellente entrée en matière. C’est un terrain neutre, factuel, qui montre que vous vous intéressez à la matérialité de son art. Par exemple : « Depuis combien de temps utilisez-vous ce type de ciseau ? » ou « Quelles sont les propriétés de ce bois en particulier ? ».

Une fois ce premier contact établi, vous pouvez élargir le cercle en abordant l’histoire de l’atelier, la lignée familiale, la transmission du savoir. Ce sont des sujets de fierté pour l’artisan. Enfin, si la conversation est fluide et que vous sentez une véritable connexion, vous pouvez oser une question plus philosophique sur sa vision de l’art, le sens de sa pratique (son ikigai). Le parcours de questionnement suivant est une feuille de route fiable :

Votre plan d’action pour un dialogue respectueux

  1. Observer en silence : Commencez par regarder le travail du maître pendant plusieurs minutes, sans un mot.
  2. S’intéresser aux outils : Posez des questions sur les matériaux et les outils utilisés, leur origine, leur spécificité.
  3. Valoriser la transmission : Interrogez sur le système d’enseignement, la manière dont il a appris et dont il transmet son savoir.
  4. Explorer l’histoire : Évoluez vers des questions sur l’histoire de l’atelier, la lignée du maître et les générations précédentes.
  5. Toucher à l’essence : En toute fin, si le contexte le permet, abordez des questions sur sa vision artistique et la philosophie de son art.

Ce cheminement montre que vous n’êtes pas là pour consommer une réponse « profonde », mais pour comprendre humblement le chemin qui y mène. Dans une ville comme Kyoto, capitale des métiers d’art qui compte plus de 2000 artisans, chaque rencontre est unique, mais cette approche progressive reste universellement appréciée.

Guide touristique ou passeur de culture : quelle différence pour votre compréhension ?

Nous avons effleuré cette distinction, mais il est crucial de la cristalliser. Choisir son accompagnateur est la décision la plus importante de votre projet. Un guide touristique vous mènera d’un point A à un point B. Il vous donnera des faits, des dates, des informations pratiques. Son rôle est logistique et informatif. Il vous fera « voir » l’artisanat. Un passeur de culture, lui, vous fera « comprendre » l’artisanat. Sa valeur ne réside pas dans les lieux qu’il connaît, mais dans les relations qu’il a tissées.

Le passeur de culture a passé des années à gagner la confiance des artisans. Il connaît leurs familles, leurs histoires, leurs craintes et leurs fiertés. Il ne vous emmène pas chez un « contact », mais chez un ami ou un partenaire respecté. Cette intimité préexistante change radicalement la nature de la rencontre. Vous n’êtes plus un étranger, mais « l’ami de l’ami ». L’artisan se détend, s’ouvre, partage des anecdotes qu’il ne confierait jamais à un groupe de touristes. Le passeur de culture sait quand parler et quand se taire, il sent si une question est bienvenue ou intrusive. Il est votre avocat culturel, garantissant que votre curiosité sincère ne sera pas mal interprétée.

L’objectif ultime est de faire disparaître la sensation d’être un touriste, pour toucher à une expérience d’échange humain authentique. Le témoignage d’un voyageur ayant fait appel à un tel service est particulièrement éloquent :

‘Le privilège de côtoyer ces artisans remarquables et de s’essayer à leur art, & la spontanéité et gentillesse de Juri qui s’est parfaitement adaptée à notre profil pour nous emmener découvrir ses meilleures adresses secrètes !’ – ‘On ne se sentait pas touristes, mais plutôt comme si on passait une journée avec une copine qui habite loin et qui nous emmène boire un coup avec ses amis’

– Voyageurs, Secrets d’artisans Japonais

Cette différence a un impact direct sur votre compréhension. Avec un guide, vous apprendrez que la laque urushi est une sève d’arbre toxique. Avec un passeur de culture, vous comprendrez pourquoi un artisan passe des mois à appliquer 30 couches fines plutôt que 3 couches épaisses, dans une quête de profondeur et de durabilité qui est une métaphore de la vie elle-même. L’un décrit l’objet, l’autre révèle son âme.

Kappabashi (Tokyo) ou Sakai (Osaka) : où aller pour les meilleurs ustensiles ?

Pour le passionné d’artisanat, prolonger l’expérience par l’acquisition d’un outil ou d’un ustensile de haute qualité est une évidence. Deux noms reviennent constamment pour qui cherche l’excellence, notamment en coutellerie : Kappabashi à Tokyo et Sakai à Osaka. Pourtant, ces deux lieux mythiques offrent des expériences très différentes.

Kappabashi-dori, surnommée « Kitchen Town », est le paradis des professionnels de la restauration. C’est une longue rue bordée de dizaines de boutiques spécialisées où l’on trouve absolument tout, des couteaux aux faux plats en cire (sampuru). C’est le lieu de la variété et du choix. Vous pouvez y passer une journée entière à comparer les marques, les aciers, les formes. C’est un endroit idéal pour trouver un couteau de grande qualité, mais l’expérience reste principalement commerciale. De l’autre côté, Sakai est le berceau historique de la coutellerie japonaise. La ville est réputée depuis le XVIe siècle pour ses lames, initialement des sabres de samouraïs, puis des couteaux de cuisine. On estime qu’aujourd’hui, les couteaux de Sakai représentent environ 90% du marché intérieur des couteaux destinés aux chefs professionnels de la cuisine japonaise. Aller à Sakai, ce n’est pas faire du shopping, c’est faire un pèlerinage à la source.

Le tableau suivant résume les points forts de chaque lieu pour vous aider à choisir selon vos priorités :

Kappabashi vs Sakai : Guide comparatif des hauts lieux de la coutellerie
Critère Kappabashi (Tokyo) Sakai (Osaka)
Spécialité Paradis des ustensiles de cuisine, nombreuses boutiques spécialisées Renommé pour ses armes et couteaux japonais traditionnels
Localisation 3-18-2 Matsugaya, Taito-ku, Tokyo Musée de la coutellerie Sakai Denshokan
Expérience Shopping varié, large choix Ateliers avec démonstrations et visites, boutiques d’artisans
Pour qui ? Professionnels cherchant variété Cuisiniers professionnels, passionnés d’authenticité

L’expérience à Sakai est beaucoup plus immersive. Vous pouvez visiter des ateliers familiaux, voir les forgerons au travail et acheter un couteau directement des mains de celui qui l’a fabriqué. L’atelier de forge Mizuno en est un parfait exemple. Fondé en 1872, cet atelier est aujourd’hui dirigé par le maître de 5ème génération qui y forge toujours des couteaux et sabres selon des techniques ancestrales. C’est notamment cet atelier qui a conçu le fuguhiki, un couteau très fin spécialisé dans la découpe du délicat poisson-globe (fugu). Visiter un tel lieu, c’est acheter plus qu’un outil, c’est acquérir une part d’histoire.

À retenir

  • L’accès à un maître artisan est conditionné par le respect de codes culturels profonds, où le savoir-être prime sur le savoir-faire.
  • Le « passeur de culture » est un médiateur indispensable, dont le rôle va bien au-delà de la simple traduction pour bâtir un pont de confiance.
  • La patience est une vertu cardinale : que ce soit dans l’observation, le dialogue ou l’intention d’achat, le respect du temps long est la plus grande marque de respect.

Où acheter de l’artisanat d’art authentique au Japon sans se faire avoir par le « Made in China » ?

Acheter un souvenir artisanal au Japon est une joie, mais le risque de tomber sur un produit de masse, voire une contrefaçon, est bien réel, même au cœur de Tokyo. Pour le passionné, garantir l’authenticité de son acquisition est primordial. Il ne s’agit pas seulement d’un objet, mais d’un témoignage du monozukuri, cet esprit de la fabrication qui allie design, minutie et haute qualité. Comme le rappelle CLAIR Paris (Centre japonais des collectivités locales), c’est cet artisanat qui « enrichit la vie quotidienne des Japonais ».

Pour éviter les pièges, plusieurs stratégies existent. La plus sûre est d’acheter directement auprès des artisans ou dans des lieux certifiés. Les musées dédiés à l’artisanat, comme celui de Sakai, offrent souvent des boutiques où les produits sont labellisés, garantissant leur provenance. Cette vente directe a aussi l’avantage d’être souvent moins chère que chez les revendeurs. Une autre excellente option est de visiter les expositions-ventes organisées dans les grands magasins (depāto) ou les centres culturels. Ces événements mettent souvent en vedette des artisans d’une région spécifique, qui font des démonstrations et vendent leurs créations. C’est une occasion unique de rencontrer le créateur tout en achetant.

Enfin, privilégiez les boutiques spécialisées de longue date (shinise) plutôt que les grandes chaînes de souvenirs. Une boutique qui ne vend que des éventails, des céramiques ou des textiles depuis plusieurs générations a une réputation à défendre et sélectionne ses fournisseurs avec une rigueur extrême. Pour vous aider à naviguer dans ce paysage, voici une checklist des points à vérifier avant tout achat.

Checklist pour garantir un achat authentique

  1. Rechercher les labels : Vérifiez la présence de sceaux officiels comme le « Certified Traditional Seal » apposé par les musées ou les préfectures.
  2. Privilégier la vente directe : Achetez dans les ateliers, les musées d’artisanat ou lors d’expositions-ventes pour un contact direct et un meilleur prix.
  3. Interroger le vendeur : Posez des questions sur l’artisan, la provenance des matériaux, la technique de fabrication. Un vendeur passionné et compétent est un bon signe.
  4. Analyser la qualité : Examinez les finitions, le poids, la texture. Un objet artisanal présente souvent de micro-imperfections qui sont le signe d’un travail manuel, par opposition à la perfection stérile d’une machine.
  5. Se méfier des prix trop bas : Un travail artisanal de qualité a un coût. Un prix dérisoire pour un objet complexe doit immédiatement éveiller vos soupçons.

Cette démarche active transforme l’achat en une dernière étape de votre immersion culturelle. C’est une enquête respectueuse qui vous permet non seulement d’acquérir un objet authentique, mais aussi de comprendre la valeur qui lui est attachée, une valeur qui dépasse de loin son simple prix.

Garantir l’authenticité de vos achats est la dernière étape d’une démarche respectueuse. Pour ne jamais vous tromper, il est crucial de savoir où et comment acheter de l'artisanat d'art véritable.

Pour concrétiser ce projet de rencontre, la première étape consiste à définir précisément vos attentes et à rechercher le passeur de culture qui, par sa connaissance intime du milieu, saura vous ouvrir les bonnes portes et vous guider dans ce monde fascinant.

Questions fréquentes sur la rencontre avec les artisans japonais

Quelle est la valeur ajoutée d’un guide francophone vivant au Japon ?

Les accompagnateurs sont expérimentés et parlent aussi bien japonais que français. Ils vous interprètent la visite en vous donnant toutes les clés pour comprendre le Japon et ses habitants, et permettent d’échanger avec les locaux au-delà de la simple traduction.

Comment un passeur culturel prépare-t-il la rencontre avec un artisan ?

Un passeur de culture a tissé au fil des ans des liens de confiance avec des maîtres artisans et des ateliers rarement accessibles au public. Ces relations privilégiées vous ouvrent des portes normalement fermées, en garantissant à l’artisan que le visiteur est respectueux et sincèrement intéressé.

Quelle est la différence de coût entre les deux types d’accompagnement ?

Le coût d’un passeur de culture est généralement plus élevé que celui d’un guide touristique standard. Il peut varier, mais se situe souvent dans une fourchette allant d’environ 30,000 yens à 40,000 yens par jour, reflétant l’accès exclusif et l’expertise culturelle fournie.

Rédigé par Éléonore Vasseur, Historienne de l'art et spécialiste de l'artisanat traditionnel (Mingei). Résidant à Kanazawa, elle collabore avec des maîtres artisans pour préserver les savoir-faire ancestraux comme le Kintsugi et la céramique.