
Réussir le pèlerinage de Shikoku n’est pas une question de performance physique, mais de préparation culturelle et mentale.
- La tenue traditionnelle n’est pas un costume ; c’est un passeport social qui transforme le regard des locaux et ouvre les portes de l’entraide.
- L’acceptation des dons (« osettai ») et la gestion de l’imprévu sont des compétences plus cruciales que l’endurance sur les 1200 km du parcours.
Recommandation : Avant de planifier votre équipement, concentrez-vous sur l’apprentissage des codes de respect et sur la préparation de votre esprit à la solitude et à l’humilité.
L’appel des 88 temples de Shikoku résonne chez de nombreux marcheurs comme le défi ultime : 1200 kilomètres à travers les quatre préfectures de l’île, un voyage qui promet une transformation profonde. Beaucoup se concentrent sur la préparation physique, l’optimisation du sac à dos et le choix des meilleures chaussures pour affronter la distance. On lit des blogs, on compare les listes de matériel, on se prépare à une épreuve d’endurance, pensant que la clé du succès réside dans les jambes et le souffle. Cette approche, bien que nécessaire, passe à côté de l’essentiel.
Car le chemin de Shikoku, l’Ohenro, est avant tout une expérience culturelle et spirituelle. Et si la véritable clé pour non seulement terminer, mais surtout *vivre* ce pèlerinage, ne se trouvait pas dans la force de vos mollets, mais dans votre capacité à vous effacer ? Si elle résidait dans la compréhension des codes non-écrits qui régissent les interactions avec les habitants, dans l’humilité de recevoir un fruit d’un inconnu, et dans la force mentale d’accepter la pluie battante comme une partie intégrante du voyage ? Ce n’est pas une randonnée, c’est une leçon de vie où l’on apprend que l’on marche « avec » Kōbō Daishi, le fondateur du pèlerinage, dans un concept appelé dōgyō ninin (deux voyageurs, un chemin).
Ce guide est celui d’un henro (pèlerin) qui a bouclé la boucle. Il ne se contente pas de lister l’équipement, mais vous plonge au cœur de ce qui fait la différence : l’attitude. Nous verrons pourquoi la tenue de pèlerin change tout, comment naviguer la culture du don, choisir son rythme, et surtout, comment préparer son esprit autant que son corps pour ce qui sera bien plus qu’une simple marche.
Pour vous guider à travers les aspects pratiques et spirituels de cette aventure unique, cet article est structuré pour répondre aux questions essentielles que se pose tout futur pèlerin. Le sommaire ci-dessous vous permettra de naviguer entre les différentes étapes de votre préparation.
Sommaire : Votre guide complet pour le pèlerinage des 88 temples de Shikoku
- Pourquoi porter la veste blanche et le chapeau conique change-t-il le regard des locaux ?
- Comment accepter les cadeaux (boissons, fruits) des habitants avec humilité ?
- Pèlerinage à pied ou motorisé : quelle légitimité spirituelle pour quelle méthode ?
- L’erreur de partir avec des chaussures neuves sur 1200 km d’asphalte et de sentiers
- Où dormir (Minshuku ou Tsuyado) quand on arrive trempé et épuisé au temple ?
- Comment s’équiper pour marcher plusieurs jours sous la pluie humide des forêts japonaises ?
- Dans quel sens faire le tour du lac pour suivre le flux d’énergie correct ?
- Comment préparer une immersion spirituelle sur les sentiers du Kumano Kodo ?
Pourquoi porter la veste blanche et le chapeau conique change-t-il le regard des locaux ?
Sur le chemin, la tenue traditionnelle du pèlerin, composée de la veste blanche (byakue), du chapeau conique en paille (sugegasa) et du bâton (kongō-zue), est bien plus qu’un simple déguisement. C’est un uniforme qui vous efface en tant qu’individu pour vous fondre dans une tradition millénaire. En l’enfilant, vous n’êtes plus un touriste étranger, mais un o-henro-san, un pèlerin respectable. Ce changement de statut est immédiat et palpable. Les habitants, d’une nature souvent réservée, voient en vous une personne engagée dans une quête spirituelle, marchant sur les traces de Kōbō Daishi. La veste blanche symbolise la pureté, mais aussi le linceul, rappelant que chaque pèlerin est prêt à mourir sur le chemin, une idée qui inspire un profond respect.
Cette identification visuelle est la clé de voûte de l’expérience sociale du pèlerinage. Elle agit comme un signal, indiquant que vous comprenez et respectez la culture locale. Le simple fait de porter ce « costume » crée un lien instantané, non seulement avec les autres pèlerins, mais surtout avec les habitants de Shikoku. Comme en témoigne un pèlerin français, André Fraissenon, après son périple en 2023, ce lien est fondamental :
Le premier lien que j’ai noué avec les Japonais était celui d’être pèlerin, ensemble. Ne serait-ce qu’avoir le même costume, ça unit.
– André Fraissenon, via Ecologie Humaine
Cette tenue transforme votre vulnérabilité de marcheur solitaire en une force. Elle communique votre intention et votre humilité, rendant les locaux non seulement plus enclins à vous aider, mais aussi fiers de participer à votre voyage par leurs encouragements et leurs dons. Ignorer la tenue, c’est choisir de rester un spectateur, alors que la porter, c’est devenir un acteur du pèlerinage.
En somme, la tenue est votre première déclaration d’intention. Elle dit : « Je ne suis pas ici pour consommer un paysage, mais pour participer à un rituel. »
Comment accepter les cadeaux (boissons, fruits) des habitants avec humilité ?
Très vite sur le chemin, vous serez confronté à une pratique aussi déroutante que touchante : l’osettai. Un habitant s’arrêtera pour vous offrir une boisson fraîche, une orange, ou même une petite somme d’argent. Votre premier réflexe, dicté par la politesse occidentale, pourrait être de refuser. Ce serait une grave erreur. L’osettai est une offrande, un acte de générosité par lequel les habitants participent au pèlerinage par procuration. En vous donnant quelque chose, ils font un don à Kōbō Daishi lui-même, qui est censé vous accompagner. Refuser un osettai est donc considéré comme une offense, car vous privez le donneur de l’opportunité d’accomplir un acte méritoire.
Accepter avec humilité est donc la seule voie. Il ne s’agit pas de charité, mais d’un échange spirituel. Vous recevez au nom du donneur. Un simple « Arigatō gozaimasu » (« Merci beaucoup ») accompagné d’une légère inclinaison de la tête suffit. En retour, la tradition veut que vous donniez une de vos cartes de visite de pèlerin, l’osame-fuda. C’est un geste symbolique qui clôt l’échange. Un pèlerin sur un forum de randonnée résume parfaitement cette expérience : « C’est un moyen indirect pour les personnes de faire le pèlerinage en aidant le pèlerin. À Shikoku, cette pratique est très ancrée dans le folklore local. »
Il arrivera que vous soyez surchargé de dons. Dans ce cas, la solution n’est pas de refuser, mais d’accepter et de redistribuer plus loin à d’autres pèlerins. Cette circulation de la générosité fait partie intégrante de l’esprit du chemin. L’osettai vous apprendra une leçon fondamentale : recevoir est parfois plus difficile que donner, et cela demande une forme profonde d’humilité.
En définitive, chaque cadeau reçu est une pierre de plus à l’édifice de votre voyage, un lien invisible qui vous connecte à la communauté de Shikoku.
Pèlerinage à pied ou motorisé : quelle légitimité spirituelle pour quelle méthode ?
La question de la « bonne » manière de faire le pèlerinage se pose inévitablement. Si le marcheur (aruki-henro) incarne l’image la plus pure du pèlerin, il n’est pas rare de voir des groupes en bus ou des personnes en voiture se rendre de temple en temple. Il n’y a pas de jugement à porter, car chaque méthode correspond à une réalité et une intention différentes. Le pèlerinage n’est pas une compétition ; c’est un acte personnel de dévotion ou de recherche. La légitimité spirituelle ne dépend pas de la méthode, mais de la sincérité de la démarche.
Cependant, il est clair que l’expérience est radicalement différente. La marche impose un rythme lent, propice à l’introspection, à la rencontre et à la transformation par l’effort. Les 30 à 60 jours nécessaires pour boucler le tour à pied créent une rupture profonde avec le quotidien. Le pèlerinage motorisé, lui, permet de se connecter aux lieux sacrés en un temps beaucoup plus court (9-12 jours), ce qui le rend accessible aux personnes âgées, à mobilité réduite ou avec des contraintes de temps. Une autre approche, le kugiri-uchi, consiste à faire le pèlerinage par sections sur plusieurs années, une solution pragmatique pour ceux qui ne peuvent se libérer plusieurs semaines d’affilée.
Le tableau suivant, basé sur une analyse des pratiques du pèlerinage, résume bien les différentes philosophies :
| Méthode | Durée | Philosophie | Profil type |
|---|---|---|---|
| À pied (Jun-uchi) | 30-60 jours | Transformation par l’effort, éveil guidé | Pèlerins en quête spirituelle profonde |
| À pied (Gyaku-uchi) | 45-60 jours | Mérite spirituel 3x supérieur, confrontation | Pèlerins expérimentés, solitaires |
| Bus/Voiture | 9-12 jours | Connexion aux temples, dévotion | Personnes âgées, temps limité |
| Kugiri-uchi (sections) | Sur plusieurs années | Pèlerinage progressif adapté | Actifs avec contraintes professionnelles |
L’essentiel est de choisir la voie qui correspond le mieux à vos capacités et à vos aspirations, en gardant à l’esprit que le chemin lui-même, quelle que soit la manière de le parcourir, est le véritable enseignant.
L’erreur de partir avec des chaussures neuves sur 1200 km d’asphalte et de sentiers
C’est la règle d’or de tout marcheur au long cours, et elle est particulièrement vraie sur le pèlerinage de Shikoku : ne jamais, au grand jamais, partir avec des chaussures neuves. L’idée de « faire » ses chaussures sur les premiers jours du chemin est une recette pour le désastre. Les 1200 kilomètres du parcours alternent entre de longues sections d’asphalte impitoyable pour les articulations et des sentiers de montagne techniques et humides. Des chaussures non testées et non adaptées à votre pied se transformeront en instruments de torture, créant des ampoules qui peuvent mettre fin à votre pèlerinage avant même qu’il n’ait vraiment commencé.
La préparation de vos pieds est aussi importante que votre condition physique. Vos chaussures doivent être vos alliées les plus fidèles. Elles doivent avoir déjà parcouru de nombreux kilomètres avec vous, dans des conditions variées. Une erreur commune est de ne choisir qu’une seule paire. La sagesse du henro expérimenté suggère souvent d’alterner entre deux types de chaussures : des chaussures de randonnée robustes pour les parties montagneuses et des chaussures de trail running plus légères et aérées pour les longues et monotones routes goudronnées. Cette alternance permet de varier les points de pression sur le pied et de laisser une paire sécher pendant que vous utilisez l’autre.
Au-delà des chaussures, la stratégie anti-ampoules est un art. Des chaussettes de qualité (double couche, en laine mérinos) sont un investissement non négociable. L’application préventive de baume anti-friction ou de tape médical sur les zones sensibles (talons, orteils) dès le premier jour peut faire toute la différence. N’attendez pas que la douleur apparaisse pour agir.
Plan d’action pour des pieds sans ampoules
- Test ultime : Marcher au moins 100 km avec vos chaussures avant le départ, incluant une journée complète de 8 heures sous la pluie pour tester leur comportement une fois mouillées.
- Stratégie des deux paires : Prévoir une paire de chaussures de randonnée pour les sentiers et une paire de chaussures de trail pour l’asphalte afin de pouvoir alterner.
- Le choix des chaussettes : Investir dans des chaussettes double couche ou en laine mérinos de haute qualité pour minimiser les frottements et gérer l’humidité.
- Prévention active : Appliquer un baume anti-friction (type Nok d’Akiléine) ou du sparadrap sur les zones à risque chaque matin, avant même de commencer à marcher.
- Kit d’urgence : Avoir toujours sur soi du ruban adhésif médical (tape) et des pansements hydrocolloïdes pour protéger une zone sensible dès la première sensation d’échauffement.
Rappelez-vous : sur le chemin de Shikoku, vos pieds sont votre temple le plus précieux. Prenez-en soin avant, pendant et après chaque journée de marche.
Où dormir (Minshuku ou Tsuyado) quand on arrive trempé et épuisé au temple ?
Après une journée de 30 kilomètres sous une pluie fine mais persistante, l’arrivée au temple n’est que la moitié du combat. La vraie question devient : où trouver un toit pour la nuit ? L’éventail d’hébergements sur le chemin de Shikoku est large, allant du plus spartiate au plus confortable, et le choix dépendra de votre budget, de votre état de fatigue et de votre capacité d’anticipation. Arriver épuisé et sans réservation peut vite devenir une source de stress intense, surtout hors des zones urbaines.
Les options les plus économiques sont les refuges gratuits pour pèlerins (parfois appelés Henro Hutte) ou les tsuyado, des salles mises à disposition par certains temples, mais leur disponibilité est loin d’être garantie. C’est la loi du « premier arrivé, premier servi », et il n’est pas rare de les trouver pleins. Ils offrent un abri basique, souvent sans douche ni repas. C’est une expérience authentique mais exigeante. Pour plus de confort, les minshuku (auberges familiales) sont le cœur de l’hospitalité du pèlerinage. Pour un prix raisonnable, vous aurez un futon, un bain chaud (ofuro) salvateur, un dîner copieux et un petit-déjeuner, ainsi qu’une machine à laver. La réservation, généralement par téléphone la veille, y est quasi obligatoire.
Les shukubo, hébergements au sein même des temples, offrent une expérience plus spirituelle avec cuisine végétarienne (shōjin ryōri) et la possibilité d’assister à la prière du matin. Enfin, dans les villes, les business hotels sont une option parfaite pour un « reset » : un lit occidental, une salle de bain privée et une laverie automatique pour repartir à neuf le lendemain. La clé est de planifier, au minimum, son hébergement pour le soir même dès le matin.
Le tableau ci-dessous, inspiré des données du site de référence Henro.fr, vous aidera à y voir plus clair :
| Type | Prix | Avantages | Réservation |
|---|---|---|---|
| Henro Hutte (refuge) | Gratuit | Abri simple, premier arrivé | Impossible |
| Tsuyado | Gratuit | Réservé aux marcheurs | Non garanti |
| Minshuku | 4000-7000¥ | Bain chaud, repas, machine à laver | Obligatoire J-1 |
| Shukubo (temple) | 7000-10000¥ | Cuisine végétarienne, prière du matin | Recommandée |
| Business Hotel | 5000-8000¥ | Reset urbain, lessive, confort | Flexible |
Votre choix d’hébergement influencera non seulement votre confort, mais aussi la nature de votre expérience, oscillant entre l’ascèse et la récupération.
Comment s’équiper pour marcher plusieurs jours sous la pluie humide des forêts japonaises ?
La pluie est une compagne quasi inévitable sur le chemin de Shikoku, surtout au printemps et en été. Le climat de l’île est chaud et très humide, ce qui change complètement la stratégie d’équipement par rapport à une randonnée en montagne européenne. La plus grosse erreur serait de s’enfermer dans une veste imper-respirante de type Gore-Tex. Si elle protège de la pluie, elle transforme rapidement l’intérieur en sauna sous l’effet de l’humidité ambiante et de l’effort, vous laissant tout aussi trempé, mais de votre propre sueur. L’arme secrète des pèlerins expérimentés est souvent bien plus simple : le parapluie. Il permet une excellente ventilation tout en protégeant le haut du corps et le sac, et il est parfaitement adapté à la marche sur route et sentiers peu techniques.
L’obsession du pèlerin doit être de garder son sac de couchage et ses vêtements de rechange absolument au sec. Pour cela, la compartimentation est reine. Oubliez la housse de pluie externe, souvent peu fiable. La vraie solution est de tout ranger à l’intérieur du sac dans des sacs étanches (dry bags). Utiliser des sacs de couleurs différentes par catégorie (vêtements, électronique, nourriture) vous fera gagner un temps précieux. Le poids du sac est l’autre ennemi. Chaque gramme compte. Un pèlerin expérimenté sur le site spécialisé Lesacados.com témoigne avoir réussi le parcours avec un sac de seulement 7,5 kg, tout compris. Cela impose des choix drastiques :
- Vêtements minimalistes : Deux T-shirts techniques à séchage rapide (comme la gamme Airism de Uniqlo) suffisent. Un pour la journée, un propre pour le soir. On lave chaque soir celui qu’on a porté.
- Kit de séchage : Une petite serviette microfibre est essentielle, non pas pour se sécher soi-même, mais pour essorer les vêtements lavés avant de les suspendre pour la nuit.
- Acceptation mentale : Enfin, l’équipement le plus important est peut-être immatériel. C’est le concept japonais de « shikata ga nai » (on n’y peut rien). Accepter la pluie, accepter d’être mouillé, et savoir que le soleil finira par revenir est une compétence mentale qui allège bien plus le fardeau qu’un kilo en moins dans le sac.
En fin de compte, l’objectif n’est pas de rester sec à tout prix, ce qui est souvent impossible, mais de pouvoir se retrouver au sec et au chaud chaque soir.
Dans quel sens faire le tour du lac pour suivre le flux d’énergie correct ?
Envisager le pèlerinage de Shikoku comme un immense circuit, un lac spirituel de 1200 km de circonférence, amène une question fondamentale : dans quel sens l’aborder ? Deux options principales s’offrent au pèlerin marcheur, chacune avec sa propre « énergie » et sa propre philosophie. Le choix du sens n’est pas anodin ; il définit la nature des rencontres et la structure symbolique du voyage. Le sens le plus courant est le jun-uchi, ou « sens des aiguilles d’une montre », qui suit l’ordre numérique des temples, de 1 à 88. C’est le chemin de la progression logique, une sorte de parcours initiatique structuré.
Dans ce sens, le pèlerinage se déroule en quatre étapes spirituelles, correspondant aux quatre préfectures :
- Tokushima (temples 1-23) : La province de l’Éveil (Hoshin no dōjō).
- Kōchi (temples 24-39) : La province de l’Ascèse et de la Discipline (Shugyō no dōjō).
- Ehime (temples 40-65) : La province de l’Illumination (Bodai no dōjō).
- Kagawa (temples 66-88) : La province du Nirvana (Nehan no dōjō).
L’autre option, plus rare et plus exigeante, est le gyaku-uchi, le « sens inverse », du temple 88 au temple 1. Comme le souligne François Billion Grand, une autorité sur le sujet :
Le Gyaku-uchi (sens inverse) est traditionnellement plus difficile et d’un mérite spirituel supérieur – certains disent 3 fois plus. On croise chaque pèlerin en face-à-face, forçant l’interaction.
Cette voie est une confrontation permanente. Symboliquement, on commence par le nirvana pour régresser vers l’éveil, ce qui est vu comme un chemin pour aller à la rencontre de Kōbō Daishi, qui aurait lui-même parcouru le chemin dans ce sens. Les indications sont plus difficiles à suivre et les interactions avec les autres marcheurs, que l’on ne fait que croiser, sont plus brèves mais souvent plus intenses. C’est une voie pour les pèlerins plus expérimentés ou ceux cherchant une plus grande solitude.
Que vous choisissiez la voie de la progression ou celle de la confrontation, les deux mènent à la même destination finale : une meilleure connaissance de soi.
À retenir
- La tenue de pèlerin n’est pas un costume mais un passeport social qui change radicalement votre interaction avec les habitants de Shikoku.
- La culture du don (« osettai ») est un pilier du pèlerinage ; apprendre à recevoir avec humilité est une compétence aussi importante que la marche.
- La préparation mentale, l’acceptation de l’imprévu (« shikata ga nai ») et la flexibilité sont plus décisives que la seule endurance physique pour mener à bien les 1200 km.
Comment préparer une immersion spirituelle sur les sentiers du Kumano Kodo ?
Bien que cet article se concentre sur Shikoku, les principes de préparation à une grande immersion spirituelle au Japon sont universels et s’appliquent tout aussi bien aux sentiers sacrés du Kumano Kodo. La réussite d’un tel pèlerinage ne se mesure pas seulement en kilomètres parcourus, mais en profondeur de l’expérience vécue. Cette profondeur se cultive bien avant le premier pas sur le sentier. C’est une préparation de l’esprit, un allègement intérieur qui doit précéder l’allègement du sac à dos. Comme le dit magnifiquement le pèlerin André Fraissenon, « le poids du sac, c’est le poids de ses peurs. »
Se préparer spirituellement, c’est d’abord s’entraîner à la solitude et au silence. Dans notre monde hyper-connecté, marcher des heures sans musique, sans podcast, sans autre compagnie que le son de ses pas et de la nature est un défi en soi. C’est pourtant dans ce vide que la connexion à soi-même peut s’opérer. C’est aussi apprendre à être présent, à observer les détails : la mousse sur une pierre, la forme d’un arbre, le sourire d’un autre pèlerin. La méditation, même 10 minutes par jour, est un excellent entraînement pour développer cette qualité de présence.
Voici un programme simple de préparation mentale que vous pouvez commencer plusieurs mois avant votre départ :
- Mois 1 : Apprivoiser la solitude. Engagez-vous à faire une marche de 3 à 4 heures chaque week-end, seul et sans aucune distraction auditive. Observez simplement vos pensées.
- Mois 2 : Cultiver la présence. Initiez une pratique quotidienne de 10 minutes de méditation. Concentrez-vous sur votre respiration et essayez de ramener votre attention au moment présent chaque fois qu’elle s’égare.
- Mois 3 : Anticiper le voyage intérieur. Commencez un carnet de pèlerin. Écrivez vos attentes, vos espoirs, mais aussi vos peurs concernant le voyage. Cet acte d’écriture permet de clarifier votre intention.
- En continu : Pratiquer la gratitude. Chaque jour, notez trois petites choses pour lesquelles vous êtes reconnaissant. Cet exercice simple prépare l’esprit à apprécier les petits miracles du chemin, comme un osettai ou un rayon de soleil après la pluie.
En fin de compte, l’étape suivante pour vous lancer sur les sentiers de Shikoku n’est pas de réserver un billet d’avion, mais de commencer dès aujourd’hui ce voyage intérieur. C’est en préparant votre esprit à être vide et réceptif que vous ferez de la place pour la magie du chemin.